SBTi et neutralité carbone : pourquoi opposer technologie et nature est une erreur stratégique et écologique

Aujourd'hui, la Science Based Targets initiative (SBTi) s'est imposée comme la boussole incontournable des stratégies climat d'entreprise. En fixant des cadres rigoureux pour réduire les émissions directes et indirectes, la SBTi a permis d'éradiquer une large part du greenwashing d'affichage. Cependant, les récentes évolutions et orientations stratégiques du cadre de référence posent un débat critique pour la transition écologique des entreprises. En introduisant une hiérarchisation stricte entre les solutions d'élimination du carbone - opposant la permanence garantie par la technologie à la volatilité supposée de la nature - la nouvelle grille de lecture pousse le monde économique vers un arbitrage risqué.

D'un côté, les technologies de capture et de stockage direct du carbone (Tech-Based Removal) bénéficient d'un préjugé favorable en raison de leur capacité théorique à séquestrer le CO2 pendant plusieurs siècles. De l'autre, les solutions basées sur la nature (Nature-Based Solutions ou NBS), comme l'agriculture régénératrice, se voient reléguées au rang de mesures secondaires car jugées « non permanentes ».

Cette vision purement comptable du carbone commet une erreur de diagnostic fondamentale. En réduisant la crise écologique à une simple équation d'émissions négatives mesurables à l'échelle du siècle, elle détourne les investissements des écosystèmes vivants au profit d'illusions technologiques coûteuses.

Le mirage du tout-technologique : des externalités négligées

Promouvoir les solutions technologiques (capture directe dans l'air ou DAC, bioénergie avec captage et stockage de carbone ou BECCS) comme le standard d'excellence de la permanence carbone pose plusieurs problèmes majeurs lorsqu'on analyse leur impact global.

Installation industrielle de captage direct du carbone dans l'air (site Climeworks, Islande). Source : www.canarymedia.com

Le bilan carbone et l'impasse énergétique

Les infrastructures technologiques d'aspiration et de stockage de carbone nécessitent une grande quantité d'énergie pour fonctionner. Pour capter une seule gigatonne de CO2 via la capture directe dans l'air, il faudrait mobiliser une fraction colossale de la production d'électricité bas-carbone mondiale actuelle.

Or, cette énergie verte est une ressource rare dont l'économie a un besoin urgent pour décarboner ses usages prioritaires (industrie, transports, chauffage). Utiliser de l'électricité bas-carbone pour alimenter des machines à capturer du carbone plutôt que pour éviter son émission à la source relève d'un contresens fondamental. Prise sur l'ensemble de son cycle de vie (fabrication des filtres, extraction des matériaux, bétonnage), l'efficacité carbone nette de ces technologies reste encore à prouver.

Risques de souveraineté et dépendance industrielle

Sur le plan stratégique, l'écosystème du "Tech-Based Removal" est aujourd'hui quasi-exclusivement préempté et financé par les géants de la technologie nord-américaine. En orientant leurs budgets Climat vers ces solutions, les entreprises européennes financent une filière industrielle externe, créant une dépendance technologique et financière vis-à-vis d'acteurs privés étrangers.

À l'inverse, investir dans la régénération des sols agricoles français et européens permet de consolider l'autonomie stratégique et alimentaire de nos territoires.

Réduire le vivant au carbone : une vision réductionniste et court-termiste

La limite majeure de la grille de lecture SBTi réside dans sa métrique unique : la tonne de CO2 équivalent. Un sol vivant, une prairie ou une forêt ne sont pas de simples réceptacles à carbone ; ce sont des réseaux écologiques complexes.

Au-delà du CO2 : la valeur systémique de la nature

En ne rémunérant ou ne comptabilisant que le carbone stocké, on occulte l'essentiel des externalités positives générées par les pratiques agroécologiques :

  • La biodiversité : la remise en santé des sols et l'implantation de haies recréent les habitats nécessaires aux pollinisateurs et à la faune auxiliaire.
  • La gestion de l'eau : un sol riche en matière organique agit comme une éponge. Il infiltre l'eau, recharge les nappes phréatiques et résiste mieux aux sécheresses comme aux inondations.
  • La fertilité et l'anti-érosion : la couverture permanente des sols empêche leur dégradation et préserve le capital nourricier pour les générations futures.
  • La résilience agricole : des pratiques régénératrices réduisent la dépendance aux intrants de synthèse fossiles et sécurisent les approvisionnements des filières agroalimentaires face au dérèglement climatique.

Une machine DAC ne restaurera jamais un gramme de biodiversité, ne retiendra jamais l'eau dans un bassin versant et ne nourrira personne.

Stéphane, agriculteur engagé avec Agoterra dans une transition bas-carbone + biodiversité

Permanence théorique vs résilience réelle : la place du vivant

L'argument central en faveur des solutions technologiques repose sur la notion de permanence (stockage pour plus de 100 ou 1 000 ans dans des couches géologiques). À l'inverse, le stockage biologique dans les sols est qualifié de réversible : un incendie, un labour profond ou un changement de pratique peut relâcher le carbone accumulé.

Mais c'est oublier la dimension la plus fondamentale de la transition : l'humain. Existe-t-il une permanence plus solide que celle d'un changement de pratiques ancré dans la conviction ? Lorsqu'un agriculteur se forme à l'agroécologie, observe le retour de la biodiversité, constate la résistance de ses cultures aux sécheresses et voit son sol se transformer en un écosystème vivant, il ne revient jamais en arrière. Les bénéfices agronomiques, économiques et environnementaux d'un sol vivant deviennent tangibles au quotidien. 

Cette transformation n'est pas un contrat précaire sur quelques années : c'est un changement de paradigme culturel. Mieux encore, un agriculteur convaincu et formé transmet ce savoir-faire, cette observation du vivant et ces pratiques régénératrices à la génération suivante. La véritable permanence n'est pas scellée dans du béton ou des réservoirs sous pression : elle s'inscrit dans les têtes, dans les gestes et dans la transmission du métier agricole.

Un sol régénéré par un agriculteur convaincu est un système vivifiant qui gagne en stabilité au fil du temps. Opposer la permanence théorique de réservoirs souterrains à la transmission du savoir-faire agroécologique traduit une préférence pour une sécurité administrative plutôt que pour la santé réelle de nos terres.

Accompagner la transition agricole : une urgence collective

Sans le soutien financier et structurel des entreprises, les agriculteurs ne pourront pas supporter seuls les risques et les coûts de la transition. La modification des pratiques culturales (couverture des sols, réduction du travail du sol, allongement des rotations, introduction de légumineuses) nécessite des investissements, du matériel adapté et un temps d'apprentissage agronomique.

Priver le monde agricole des financements climat sous prétexte que le carbone du sol est « non permanent », c'est bloquer la transition agroécologique au moment précis où elle doit changer d'échelle.

Quelle stratégie pour les entreprises ?

Les directions RSE et Climat doivent construire une trajectoire à la fois alignée sur les exigences de réduction d'émissions et ancrée dans la réalité territoriale :

  1. Prioriser la réduction drastique des émissions sur les périmètres Scope 1, 2 et 3.
  2. Financer la transition agroécologique (Scope 3 et contribution) : investir dans les exploitations de son territoire ou de sa chaîne de valeur.
  3. Penser « systèmes » plutôt que « carbone » : valoriser les co-bénéfices eau, biodiversité et souveraineté alimentaire dans les reportings extra-financiers (CSRD, TNFD).
Amaury, éleveur bio engagé dans une démarche bas-carbone filière élevage avec Agoterra

Agoterra : le tiers de confiance de la transition agroécologique

Faire le choix du vivant ne doit pas signifier renoncer à la rigueur méthodologique. C'est précisément pour concilier impact territorial systémique et exigences de mesure que nous avons créé Agoterra.

En tant que partenaire engagé aux côtés des entreprises et du monde agricole, Agoterra simplifie et sécurise le financement de la transition agroécologique. Nous connectons directement les entreprises désireuses de concrétiser leur stratégie climat avec des agriculteurs engagés dans des projets de régénération des sols, de restauration de la biodiversité et de protection de la ressource en eau.

Grâce à notre expertise agronomique, à un suivi de terrain rigoureux et à notre plateforme de suivi et de reporting, nous permettons aux entreprises :

  • D'accélérer leur décarbonation Scope 3 en accompagnant leurs propres filières d'approvisionnement agricole
  • De maximiser l'impact de leur contribution climat via des projets locaux porteurs de co-bénéfices environnementaux et socio-économiques tangibles ;
  • De répondre aux nouvelles exigences de reporting (CSRD, TNFD) grâce à des données fiables, vérifiables et auditables.

Ne laissons pas les arbitrages comptables nous éloigner de la réalité du terrain. Ensemble, transformons le financement climat en un levier concret de régénération de nos sols, de formation et de soutien aux agriculteurs et de résilience pour nos territoires !

Sources

Nous contacter

D’autres articles sur le sujet

Text Link

SBTi et neutralité carbone : pourquoi opposer technologie et nature est une erreur stratégique et écologique

SBTi et neutralité carbone : pourquoi opposer technologie et nature est une erreur stratégique et écologique
Text Link

Ce que l’été 2026 révèle des défis de l’agriculture française

Ce que l’été 2026 révèle des défis de l’agriculture française
Text Link

L’agriculture de conservation des sols : des techniques clé pour la résilience de nos cultures

L’agriculture de conservation des sols : des techniques clé pour la résilience de nos cultures
No items found.