Élevage bovin durable : enjeux, chiffres clés et pratiques agroécologiques pour transformer les filières

Souvent critiqué pour son impact environnemental, l’élevage bovin est pourtant un pilier essentiel des équilibres agricoles et territoriaux. Fertilité des sols, biodiversité, stockage du carbone, paysages ou encore souveraineté alimentaire : les systèmes d’élevage dits extensifs jouent un rôle clé dans la transition agroécologique. Mais derrière ces enjeux environnementaux se cache une réalité économique fragile pour de nombreux éleveurs. Entre évolution des pratiques agricoles, transformation des habitudes de consommation et restructuration des filières, l’élevage bovin français se trouve aujourd’hui à un tournant.

Pour mieux comprendre ces défis et identifier les leviers d’action, Agoterra a réuni une trentaine d’acteurs clés des filières cuir, viande et lait en France lors d’un Club CarbonConnect consacré à l’élevage bovin durable. Retour sur les principaux enseignements de ces échanges.

Qu'est-ce que l'élevage durable ?

Élevage “intensif” vs “extensif”

L’élevage n’est pas un ensemble homogène : il regroupe des systèmes, pratiques et territoires très variés, avec des impacts environnementaux, économiques et sociaux différents. Cela vaut également pour l’élevage bovin. 

L’élevage “intensifvise à maximiser les rendements, mais dépend souvent d’aliments produits à l’extérieur de la ferme voire importés, et génère pollution et pressions sur les ressources. Cette maximisation des rendement peut permettre d’afficher une empreinte carbone par kilogramme de lait ou de viande assez "optimisée", mais il faut tenir compte de l’impact environnemental et social complet. 

L’élevage “extensif”, comme les systèmes herbagers qui valorisent les prairies locales ou les modèles de polyculture-élevage qui combinent production végétale et animale, favorise le bien-être animal, préserve les sols et la biodiversité, et limite les intrants chimiques. 

Cette diversité implique que l’impact de l’élevage sur le climat, la biodiversité ou les ressources naturelles ne peut pas être appréhendé de manière uniforme. Comprendre ces différences est essentiel pour éviter les simplifications et orienter les transitions vers les systèmes les plus durables.

Anne-Cécile, éleveuse de vaches blondes d’Aquitaine à Mauves-sur-Huisne / Photo FrontPopulaire
Dans le cadre du Club CarbonConnect élevage durable, nous nous sommes intéressés aux  pratiques d’élevage qui cherchent à concilier conditions de travail dignes, performance économique, respect de l’environnement, bien-être animal et viabilité sur le long terme.

Les pratiques agroécologiques dans l’élevage bovin

L’élevage durable, c’est un système élevage capable de :

  • tenir compte du bien-être animal,
  • produire de l’alimentation de qualité,
  • préserver les ressources naturelles,
  • assurer un revenu juste aux éleveurs,
  • être robuste face aux défis climatiques et économiques.

Concrètement, sur le terrain, cela se traduit par des pratiques d’élevage comme :

  • l’accès des animaux à l’extérieur et au pâturage
  • une utilisation raisonnée des traitements (antibiotiques)
  • une autonomie alimentaire au moins partielle des exploitations
  • le pâturage tournant pour préserver les prairies
  • des prairies multi-espèces (graminées + légumineuses)
  • la valorisation des effluents (compost, méthanisation)
  • l’intégration cultures-élevage
À retenir du Club CarbonConnect élevage durablePlusieurs intervenantes ont rappelé qu’il est essentiel de dépasser l’opposition simpliste entre élevage et environnement : l’élevage n’est pas un bloc homogène et des pratiques durables existent déjà, notamment en BIO. L’élevage est nécessaire pour la transition de toute notre agriculture

Pas d’agriculture durable sans élevage

Dans les débats publics, l’élevage est souvent présenté uniquement sous l’angle de son empreinte carbone et dans sa version intensive. Pourtant, cette vision partielle masque les nombreux services écologiques que les systèmes d’élevage plus extensifs peuvent rendre aux territoires.

L’élevage comme levier de régénération des sols

Les exploitations de polyculture-élevage, notamment, permettent de maintenir des cycles agricoles particulièrement vertueux. Les animaux fertilisent les sols grâce aux apports de matière organique : aujourd’hui, 40 % des fertilisants utilisés en France sont d’origine organique. Ces apports permettent de maintenir la fertilité des sols tout en réduisant la dépendance aux engrais de synthèse.

En 2021, 7,8 millions de tonnes de CO₂ équivalent ont été évitées grâce à l’épandage local des effluents. Cela correspond à l’empreinte carbone annuelle de plus de 700 000 Français !

Le rôle clé des prairies pour le carbone et la biodiversité

Les prairies permanentes jouent un rôle essentiel. Elles participent au stockage du carbone dans les sols, contribuent à limiter l’érosion et constituent des habitats précieux pour la biodiversité. 

En effet, les prairies constituent des puits de carbone majeurs :

  • Elles représentent 41 % de la surface agricole utile en France (11,5 millions d’hectares).
  • Elles stockent en moyenne 85 tonnes de carbone par hectare, davantage que certaines forêts ou cultures.
  • Elles sont plus résilientes face aux sécheresses et incendies que les forêts : quand une prairie brûle, seul 5 à 10% du carbone stocké disparaît.

Les prairies sont également des écosystèmes riches :

  • 95% des prairies ne sont jamais traitées
  • 22 fois plus de vers de terre que dans les sols cultivés
  • 88 % des espèces de papillons françaises dépendent des prairies naturelles

Mais depuis 40 ans en France, la baisse de 28% du nombre de bovins en France entraîne une diminution de 25% des surfaces en prairie.

L'élevage : pilier économique des territoires

Au-delà de l’environnement, l’élevage reste un acteur clé de l’économie rurale : il représente 3,2 % de l’emploi national. De plus, les troupeaux et les prairies façonnent les paysages. L’élevage durable contribue à des territoires ruraux vivants.

À retenir du Club CarbonConnect élevage durable : bien intégré dans les systèmes agricoles, l’élevage est un levier puissant de transition : fertilisation naturelle des sols + stockage du carbone dans les prairies + maintien de la biodiversité + valorisation des espaces non cultivés et des territoires.

Mais cette transition ne peut se faire sans les éleveurs — et ceux-ci font face aujourd’hui à de profondes difficultés économiques.

La transition de l’élevage doit être collective

Zoom : une filière bovine en crise 

Depuis plusieurs années, la consommation de viande bovine diminue progressivement en France. Mais la production de viande française diminue encore plus vite que la consommation, d'où un recours aux importations de plus en plus important, mais une viande produite dans des conditions sociales et environnementales pas toujours équivalente à l’étranger. 

Si on regarde la consommation de viande bovine plus en détail, on observe que la part de la viande hachée ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui, 61 % de la consommation de viande bovine se fait sous forme de haché, viande souvent issue de vaches laitières ou d’importations, moins coûteuses. La viande provenant des troupeaux allaitants - généralement plus qualitative - est en moyenne 30 % plus chère. Cette différence de prix contribue aux difficultés de commercialisation et donc de revenus pour les éleveurs qui adoptent des pratiques durables. 

Ainsi, la filière bovine allaitante traverse une crise profonde. Les revenus des éleveurs demeurent très faibles, malgré l’augmentation des coûts de production et ces difficultés entraînent une transformation progressive du paysage agricole.

Veau sous la mère. Photo Domaine des Massifs

Quelques chiffres illustrent cette situation critique :

  • En 2020, les éleveurs de bovins viande gagnaient en moyenne 0,64 SMIC horaire net.
  • 22 % des éleveurs allaitants vivent sous le seuil de pauvreté.
  • La France perd 2 à 3 % de vaches allaitantes chaque année, faute de rentabilité et de renouvellement générationnel.
  •  Les exploitations se concentrent et les troupeaux s’agrandissent : entre 2010 et 2022, le nombre moyen de vaches par exploitation a augmenté de 16 %.

Cette évolution soulève plusieurs questions : comment maintenir des élevages durables et économiquement viables ? 

Des transitions multiples et coûteuses

Les éleveurs doivent s’adapter simultanément à plusieurs évolutions :

  • les enjeux climatiques et environnementaux
  • les nouvelles attentes sociétales
  • l’évolution des habitudes alimentaires
  • les fluctuations des marchés alimentaires

Ces transitions impliquent souvent des investissements importants et des changements profonds dans les pratiques agricoles. Or, les exploitations disposent rarement des marges financières nécessaires pour absorber seules ces transformations. Sans rentabilité, aucune transition n’est possible. 

De plus, même les éleveurs qui mettent déjà en œuvre des pratiques vertueuses, en agriculture biologique notamment, peinent à en tirer un revenu suffisant. La valorisation économique est donc un enjeu central, sur les marchés et auprès des consommateurs. La réduction de la consommation de viande doit s’accompagner d’un soutien aux systèmes les plus vertueux. Un système durable doit être économiquement viable !

Aumaury, éleveur soutenu par Api restauration avec Agoterra. 

À retenir du Club CarbonConnect élevage durable : Les éleveurs ne pourront pas assurer la transition vers un élevage durable seuls. Producteurs, transformateurs, distributeurs et entreprises utilisatrices de matières premières issues de l’élevage doivent travailler ensemble pour : accompagner les transitions des exploitations, sécuriser les débouchés économiques et valoriser les pratiques agricoles durables.

Fonds filière élevage durable : un collectif pour l’élevage durable

Nous l’avons vu, l’élevage bovin extensif est à un tournant. Sa disparition progressive entraînerait non seulement une perte économique, mais aussi une dégradation des équilibres agricoles et écologiques. À l’inverse, en repensant collectivement les modèles économiques et en valorisant les pratiques vertueuses existantes, il est possible de construire des systèmes d’élevage durables, résilients et capables de rémunérer justement les éleveurs et donc de rendre ce métier attractif. 

C’est précisément l’ambition des espaces de dialogue portés par Agoterra : rassembler les acteurs des filières de la Viande, du Cuir et du Lait, pour construire collectivement des trajectoires de transition crédibles et durables

C’est dans cette dynamique qu’Agoterra propose un fonds filière élevage durable, visant à co-financer la transition de fermes d’élevages en France. Une approche collective, déjà soutenue par plusieurs acteurs engagés comme Kering, Auchan ou encore Bertrand Franchise. 

Ex de mécanisme de co-financement de la transition avec Agoterra

Rejoignez le mouvement ! 

Vous souhaitez contribuer à la transformation des filières d’élevage ?

👉 Participez aux prochains échanges lors du forum CarbonConnect, avec notamment l’intervention de l’éleveur Francis Bucaille, auteur de Viande et Climat, une lecture nuancée du rôle de l’élevage dans le changement climatique.


👉Contactez directement : Pauline Maisonneuve – Responsable Filières chez Agoterra
pauline@agoterra.com

Sources : 

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