L’agriculture de conservation des sols : des techniques clé pour la résilience de nos cultures
Érosion, perte de fertilité, sécheresses : les sols agricoles sont soumis à des pressions croissantes liées à des pratiques de plus en plus intensives. Face à une dégradation qui s’accélère, l'agriculture de conservation des sols offre une approche fondée sur des pratiques capables de restaurer leur fonctionnement tout en maintenant une production viable.

L'état critique de nos sols
Un sol est dit dégradé lorsque sa santé s'altère au point de réduire sa capacité à assurer ses fonctions biologiques et écosystémiques essentielles. En France, nos sols subissent une dégradation silencieuse mais bien réelle, principalement causée par l'intensification des pratiques agricoles, le travail mécanique répétitif et le tassement par des engins lourds sur des terres humides.
Ce phénomène est particulièrement alarmant dans les grandes plaines céréalières (comme le Bassin parisien ou le Nord) sujettes à l'érosion hydrique et au colmatage de surface, ainsi que dans les zones de relief et de vignobles où les pluies emportent des tonnes de terre arable chaque année.
Cette dégradation pose un problème sociétal majeur, car elle détruit les indispensables services écosystémiques que les sols nous rendent :
- La régulation du climat par la séquestration du carbone.
- La maîtrise du cycle de l'eau grâce à une capacité d'absorption qui limite à la fois les inondations et l'impact des sécheresses.
- Le maintien de la biodiversité souterraine.
- Le maintien de la fertilité naturelle nécessaire pour nourrir durablement l'humanité.
Face à l'épuisement de ce patrimoine non renouvelable à l'échelle humaine, une transformation en profondeur de nos méthodes culturales s'impose : c'est là qu'intervient l'Agriculture de Conservation des Sols (ACS).

L’ACS : 3 principes qui réinventent l’agriculture
Née dans les années 1930 en Amérique du Nord, d’abord pour lutter contre l'érosion des terres, l’Agriculture de Conservation des Sols (ACS) a été formalisée en 2001 par la FAO (l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture). Son objectif fondamental est de régénérer la santé du sol et de préserver ses fonctions naturelles, tout en conservant des rendements viables pour les exploitations. Pour y parvenir, elle repose sur trois grands principes :
- L’absence de travail du sol : la terre n’est plus retournée par le labour ni travaillée mécaniquement. La graine est directement déposée dans une terre intacte (technique dite du semis direct), afin de préserver les galeries creusées par les vers de terre et de ne pas perturber la vie microbienne.
- Une couverture végétale permanente : le sol n’est jamais laissé à nu. Il est constamment protégé par des résidus de culture (les pailles ou tiges restant après la récolte) ou par des couverts végétaux (des plantes semées spécifiquement entre deux récoltes pour protéger la terre de la pluie battante, du soleil et du vent).
- La diversification des cultures : au lieu de cultiver toujours les mêmes plantes, l'agriculteur allonge sa rotation (l'ordre de succession des espèces sur une même parcelle au fil des ans) en alternant au moins trois espèces différentes. Cela permet de rompre le cycle des maladies et des insectes ravageurs.

Bien que ce modèle se soit déjà largement développé à l’échelle mondiale, le déploiement de l’ACS en France demeure timide. En effet, si une majorité d'exploitants adopte isolément certains principes, comme la couverture des sols, la proportion de fermes appliquant de façon rigoureuse et simultanée les trois piliers ne dépasserait pas 3 à 4 %.
Des bienfaits économiques, sociaux et environnementaux de l'ACS
L'ACS, bonne pour l'agriculteur
Sur le plan financier, l'ACS fait preuve d'une réelle solidité une fois son régime de croisière atteint. En renonçant au labour et aux travaux lourds de préparation des sols, l'agriculteur réduit significativement ses consommations de carburant et ses charges de mécanisation à l'hectare, ce qui permet de maintenir, voire d'améliorer ses marges globales.
Cette diminution du temps passé sur le tracteur permet souvent aux exploitants de se libérer du temps libre. L'agriculteur peut aussi investir ce temps dans la formation, la prise de recul et l'observation fine de ses parcelles. De façon générale, les agriculteurs qui mettent en place des systèmes en ACS disent se réapproprier pleinement la dimension agronomique de leur métier et gagner une précieuse autonomie de décision face aux recommandations d'intrants.
L'ACS, bonne pour le climat
Sur le plan climatique, la suppression du labour évite les rejets massifs de gaz à effet de serre qu’entraîne le retournement des couches superficielles du sol. De plus, l'accumulation de biomasse végétale permet de stocker durablement le carbone organique dans les premiers centimètres du sol.
L'ACS, bonne pour l'eau
La gestion de l'eau s'en trouve tout aussi transformée : en maintenant un manteau de végétation ou de résidus, le sol est protégé de l'impact direct des pluies battantes qui provoquent habituellement la formation d'une croûte d'imperméabilité (la battance). Des sols en meilleure santé sont mieux structurés et plus poreux : l'eau s'infiltre beaucoup plus rapidement, ce qui freine le ruissellement et protège les terres contre l'érosion.
L'ACS, bonne pour la biodiversité et la fertilité des sols
Enfin, la mise en place de pratiques d’ACS permet de rétablir le fonctionnement naturel des sols. Leur structure n'étant plus bouleversée par des outils mécaniques, leur fertilité se renouvelle naturellement par la décomposition continue de la matière organique. Le sol redevient un écosystème vivant et hautement fonctionnel, porté par la prolifération des vers de terre et de l’ensemble de la biodiversité, qui agissent comme de véritables régulateurs naturels.
Témoignage d'Henri, agriculteur en ACS dans l'Oise, et engagé dans la démarche biodiversité d'Agoterra.
Préserver la santé des sols est un enjeu collectif
L'ACS, une solution prometteuse
L'agriculture de conservation des sols apparaît aujourd'hui comme une solution prometteuse pour préserver durablement nos terres agricoles tout en répondant aux défis du changement climatique. En restaurant progressivement le fonctionnement naturel des sols, elle permet de concilier viabilité économique des exploitations, confort des agriculteurs dans leur travail et protection de l'environnement.
Pour autant, ces pratiques ne doivent pas être considérées comme une recette universelle. Chaque exploitation possède ses propres contraintes, liées à son sol, à son climat et aux cultures mises en place, et les principes de l'ACS doivent donc être adaptés à chaque situation. Cette transition représente aussi souvent une prise de risque pour les agriculteurs car les premières années peuvent être techniquement complexes. C'est pourquoi ceux qui souhaitent s'engager dans cette démarche ne doivent pas rester seuls.
Accompagner la transition des agriculteurs
La formation, l'accompagnement technique, le partage d'expériences entre agriculteurs et la mise à disposition de références adaptées aux différents territoires sont autant de leviers essentiels pour favoriser la réussite de cette évolution. Préserver la santé des sols est un enjeu collectif, et accompagner les agriculteurs dans cette transition est une condition indispensable pour construire une agriculture plus résiliente et durable.
Chez Agoterra, nos programmes de financement de projets agricoles bas-carbone et favorables à la biodiversité vous permettent de soutenir des agriculteurs et agricultrices dans la mise en place de pratiques agricoles durables, dont notamment ces leviers d’agriculture de conservation.
Cliquez ici pour découvrir des projets en lien avec vos territoires ou vos chaînes de valeur !
Sources :
- Tremblay, D., & Denais, O. (2025). L'agriculture de conservation des sols... n'est-il pas temps de s'y mettre ? (Rapport n° 24064). Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), Ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de la Forêt.
- FAO. (2025). Comprendre la dégradation des terres et l'état des ressources en eau et en sols pour l'alimentation et l'agriculture. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
- INRAE. (2023). Peut-on encore sauver nos sols ? : Dossier sur les menaces environnementales, l'érosion et le tassement. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
- GIS Sol. (2021). Rapport sur l'état des sols de France : Synthèse nationale des données physiques, chimiques et biologiques. Groupement d'Intérêt Scientifique Sol.




