Qu’est ce qu’un crédit carbone en agriculture ?
L’agriculture représente près de 20% des émissions de GES en France, ce qui en fait le deuxième secteur le plus émetteur du pays, mais surtout un vivier de réduction de nos émissions de carbone. De plus, les pratiques agricoles dites régénératrices permettent de stocker du carbone durablement dans les sols. Pour inciter les agriculteurs à changer leurs pratiques et partager le coût de la transition pour réduire le bilan carbone des fermes, il existe un mécanisme efficace, fiable et labellisé : les crédits carbone agricole. On vous en dit plus dans cet article !
Qu'est-ce qu'un crédit carbone ?
Le crédit carbone est unité qui voit le jour dans le cadre du protocole de Kyoto de 1997, et qui correspond à l'émission d’une tonne d’équivalent dioxyde de carbone (CO2eq), mise sur le marché du carbone. Synonyme : Unité de réduction certifiée des émissions, URCE, quota-carbone.
1 crédit carbone = 1 tonne de CO2 stockée ou évitée
Un crédit carbone est un certificat qui prouve que le détenteur a permis la réduction ou l’évitement d’une tonne de CO2eq dans l’atmosphère.
Il existe plusieurs sortes de crédits, en fonction de la façon dont est stocké le carbone :
- Crédits carbone forestiers : les arbres consomment du CO2 et le stockent dans le bois. Les projets de reforestation, ou d’évitement de déforestation, peuvent donc générer des crédits.
- Crédits carbone océaniques : ces derniers exploitent la capacité de stockage de carbone des sédiments marins et de la biomasse aquatique. Ils consistent en des projets de restauration d’écosystèmes aquatiques, comme des mangroves ou des marais côtiers.
- Crédits carbone agricoles : de nombreuses pratiques peuvent être mises en place sur une exploitation agricole pour stocker du carbone (réduire les intrants chimiques, arrêter le labour, planter des couverts végétaux, etc). Il est donc également possible de générer des crédits carbone grâce à des projets agricoles.
Synonymes : unité de réduction certifiée des émissions, URCE, quota-carbone
Aujourd'hui, seuls 0,1% des crédits carbone mondiaux concernent le secteur agricole : le reste concerne des projets de reforestation, de protection des océans... Ce qui laisse une marge de croissance considérable sur le marché des crédits carbone !
La contribution carbone agricole
Agriculture régénératrice : nom féminin. Philosophie de la production agricole qui encourage aux méthodes de culture et d’élevage raisonnées afin de limiter les dérèglements climatiques par la régénération de la biodiversité et des sols.
Synonymes : agroécologie, agriculture régénérative, agriculture de conservation des sols

Plusieurs leviers, publics comme privés, existent aujourd’hui pour financer la transition agricole.
Les dispositifs publics sont majoritairement des subventions mises en place dans le cadre de la PAC, la politique européenne de soutien au secteur agricole. Elles visent à rémunérer les surcoûts et manques à gagner liés à la mise en œuvre de pratiques plus respectueuses de l’environnement. En complément, des aides plus spécifiques sont mobilisables auprès de l’ADEME, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, pour financer des diagnostics carbone, énergie ou des études de faisabilité. L’Agence de l’Eau propose également certaines subventions pour des projets qui ont un impact sur la qualité de l’eau.
Cependant, il existe aussi des mécanismes privés de financement. Par exemple, un PSE (Paiement pour Service Écosystémique) permet à un agriculteur d’être rémunéré par un acteur privé, pour la mise en place d’un service écologique précis.
Les crédits carbone agricoles comptent parmi ces dispositifs privés. Dans le cadre de l’achat de crédits carbone, l’agriculteur s’engage à réduire ou éviter l’émission d’un certain nombre de tonnes de CO₂ équivalent sur sa ferme, et l’entreprise fournit une partie des financements nécessaires pour la mise en place des ces pratiques agroécologiques. Par ce mécanisme, elle devient détentrice du même nombre de crédits carbones que de tonnes évitées. On appelle ce système la contribution carbone agricole.
Crédits carbone agricoles certifés Label bas carbone : comme ça marche ?
Pour qu’un projet agricole puisse émettre des crédits carbone, il doit s’inscrire dans le cadre précis du Label bas carbone. Ce dernier a été mis en place par le Ministère de la Transition Écologique en 2019. Plusieurs audits sont réalisés sur chaque ferme engagée, pour vérifier que les projets sont bien conformes au label. C’est ce processus de certification qui permet de générer les crédits.
De manière générale, le Label bas carbone impose qu’un agriculteur générant des crédits carbone démontre que les pratiques mises en place réduisent effectivement ses émissions. Cette réduction est comparée à un scénario de référence dans lequel les pratiques n’auraient pas été modifiées.
Le projet agricole doit donc répondre à 4 critères de base :
- Additionnalité : le projet ne pourrait se faire sans le soutien financier des entreprises.
- Mesurabilité : il doit être possible de calculer la quantité de CO2 évitée/séquestrée.
- Vérifiabilité : le projet doit être suivi et transparent tout au long de son engagement.
- Permanence : l’évitement et la séquestration doivent durer au moins 5 ans.
Le Label bas carbone liste également l’ensemble des pratiques que l’agriculteur peut mettre en place dans le cadre de son projet.
En voici quelques exemples, pour une exploitation en grandes cultures :
- Réduire la dose d’azote minéral apporté aux cultures. Pour grandir, une plante a notamment besoin de consommer de l’azote. Cet élément se retrouve dans un produit qu’on appelle de l’engrais. L’engrais peut être naturel (fumier issu de fermes d’élevage, compost…), mais peut également être produit artificiellement via un processus industriel qui émet beaucoup de GES (Gaz à Effet de Serre). Les fermes en conventionnel aujourd’hui consomment majoritairement de l’azote sous cette forme artificielle. L’un des leviers que l’agriculteur peut actionner pour diminuer les émissions de ses activités consiste donc à réduire ses apports d’engrais de synthèse, pour les remplacer par de l’engrais naturel.
- Réduire la consommation de combustibles fossiles. Ce levier consiste à diminuer la consommation des engins agricoles, en limitant le nombre de passages sur les parcelles par exemple, ou en optimisant leur consommation.
- Insertion et allongement des prairies temporaires dans la rotation. Une parcelle de prairie stocke davantage de carbone dans le sol qu’une parcelle cultivée. Un agriculteur qui augmente la proportion de prairies au sein de son système d’exploitation, au détriment de certaines cultures, stocke donc plus de carbone sur l’ensemble de sa ferme.

Sur le terrain, l’agriculteur est accompagné par un organisme appelé “porteur de projet”. Ce dernier peut être une Chambre d’Agriculture, une coopérative agricole ou une association. Cet organisme est chargé du montage technique du projet et de l'accompagnement des agriculteurs. Concrètement, il vérifie que le projet répond bien aux critères nécessaires à sa labellisation.
Le Label bas carbone est aujourd’hui décliné en 6 méthodologies agricoles :
- Carbon Agri : développée par l’IDELE, pour l’élevage bovin 🐄
- Grandes cultures : développée par un consortium autour d’Arvalis pour les céréales (blé, orge, maïs…), les oléagineux (tournesol, colza, soja…) et les protéagineux (pois, féveroles…)🌾
- Plantation de vergers : développée par la Compagnie des Amandes, pour les vergers 🍎
- Haies : développée par la Chambre régionale d’agriculture de Pays de la Loire, pour la gestion durable des haies sur tout types d’exploitations 🌳
- Gestion des intrants : développée par SOBAC, pour la réduction des intrants dans toutes les exploitations 🚿
- Fermentation entérique des bovins lait : développée par Bleu-Blanc-Coeur, pour réductions d’émissions permises par l’ajout d’oméga 3 dans la ration, en grande partie par le pâturage 🧪
- Et d'autres filières à venir

Séquestration carbone vs réduction des émissions
Un agriculteur qui s’engage pour réduire le bilan carbone de son exploitation peut mettre en sorte deux types de pratiques distinctes :
- Des pratiques de réduction d’émissions carbone : L’agriculteur agit sur des pratiques qui entraînent des émissions carbone, de façon à ce qu’elles émettent moins. Par exemple, l’achat d’engrais de synthèse augmente beaucoup le bilan carbone d’une ferme, car leur fabrication entraîne des émissions importantes. L’agriculteur engagé peut choisir de diminuer son utilisation d’engrais de synthèse.
- Des pratiques de séquestration carbone : L’agriculteur met en place des pratiques qui permettent de stocker du carbone dans les sols. Par exemple, il peut choisir de couvrir ses sols sur une plus longue durée, et/ou en choisissant des cultures qui produisent plus de biomasse. Ainsi, plus de carbone sera stocké par les plantes sur une même parcelle, et ce carbone se retrouvera dans les sols lorsque les plantes seront détruites.
Quel revenu pour les agriculteurs ?
En France, un agriculteur installé en grandes cultures gagne entre 400 et 1 000 €/ha/an environ. Cette forte variabilité est due
- aux conditions météorologiques ;
- aux coûts des intrants (produits phytosanitaires, carburant…) ;
- à la taille de l’exploitation : une grosse ferme s’assure de meilleurs revenus grâce à des économies d’échelle ;
- aux choix techniques de l’agriculteur (types de cultures, niveau d’intensification…) ;
- au prix des produits agricoles…
La masse de carbone stockée par hectare est de 1 tonne environ en grandes cultures pour chaque année du projet, ce qui correspond à la création d’un crédit carbone par hectare et par an.
De l’autre côté, un crédit carbone a également un prix très variable, qui peut aller de 2 à 60€. Cela varie en fonction de la localisation des projets, des leviers mis en place et du type de certification.
Les crédits carbone proposés par Agoterra sont des crédits strictement agricoles, locaux (français en grande majorité), et certifiés : Label bas carbone, Goldstandart, ISO. Ils se situent donc dans la fourchette haute des prix : environ 50€ par tonne de carbone séquestré. Cela permet à Agoterra de reverser au moins 35€ à l’agriculteur pour chaque crédit acheté.
Ainsi, l’engagement d’un agriculteur dans un projet de transition bas carbone lui permet de couvrir tout ou partie des coûts et des risques liés à son changement de pratiques agricoles à l'échelle de son exploitation.

Comment acheter des crédits carbone agricoles ?
La contribution carbone doit venir en complément de la stratégie de décarbonation d’une entreprise.
Ce type de projets constitue un levier d’action important pour limiter le changement climatique : en effet, « Le déploiement de techniques de retrait du dioxyde de carbone [...] est inévitable si l’on veut atteindre la neutralité nette en CO₂ ou en GES », lit-on dans le 6e rapport du GIEC. L’achat de crédits carbone par une entreprise permet ainsi de contribuer à la neutralité carbone à l’échelle mondiale.
Cependant, ces crédits ne compensent pas le bilan carbone de l’entreprise. Chaque organisation se doit d’abord de diminuer ses propres émissions, à tous les niveaux (Scopes 1, 2 et 3). La contribution carbone doit venir en complément, et non en substitution, de ces efforts.
L’entreprise ou la collectivité concernée peut ensuite se tourner vers des courtiers ou des entreprises spécialisées dans la vente de crédits carbone agricoles - comme Agoterra - pour contribuer à la hauteur de leurs émissions de carbone résiduelles ou inévitables. Ces dernières seront garantes de la qualité et de l’aboutissement des projets, mais peuvent également accompagner le reporting et la communication interne et externe.

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Sources :




