Transition des filières agricoles : comment passer à l’échelle ?

Comment passer d'une phase d'expérimentation à une massification réelle de la décarbonation amont ? De quelle manière les coopératives agricoles peuvent-elles s'approprier un cadre agronomique commun pour en faire un levier de compétitivité ?

Animée par Pauline (Responsable filières chez Agoterra), cette table ronde réunit Vivescia (représentée par Valérie Frapier, Directrice RSE), la coopérative Noriap (représentée par Nathalie Tarnois, Directrice Agriculture) et le cabinet Quantis (représentée par Adrien Trompier, Directeur secteur Agroalimentaire).

L'objectif de cet échange est de décrypter le passage à l'échelle du programme «Transitions», un modèle éprouvé reliant la performance environnementale de l'amont agricole aux exigences de l'aval, et désormais prêt pour la réplication par d'autres coopératives agricoles.

Un marché de l'aval en quête de visibilité

Céréales bas carbone : faire face à une demande pénurique à court terme

Le diagnostic posé par le cabinet Quantis met en lumière une transformation profonde des attentes des industriels (BVP, brasserie, spiritueux, snacking) :

  • L'urgence de 2030 : Les engagements Scope 3 de la plupart des grands groupes de l'aval arrivent à échéance à court terme. Les industriels ne cherchent plus seulement des projets pilotes, mais de gros volumes sécurisés.
  • Une tension sur l'offre : Les filières bas carbone qualifiées vont rapidement devenir pénuriques. La demande dépasse l'offre, créant une forte concurrence pour capter ces productions.
  • Le besoin d'harmonisation : Pour fluidifier les transactions, le marché doit passer d'une multitude de cahiers des charges et de labels à un cadre de confiance standardisé, évitant que chaque vente ne devienne un processus administratif lourd.

Le programme « Transitions » de Vivescia

Un modèle systémique, agronomique et certifié

Après une phase pilote réussie, le programme Transitions entre dans une phase de déploiement à grande échelle. Porté par le groupe coopératif Vivescia, il démontre sa robustesse à travers des chiffres clés et une approche terrain intégrée.

  • Une couverture globale des enjeux : Le cadre ne se limite pas au carbone. Il intègre une approche systémique touchant à la santé des sols, à la biodiversité et à la préservation de la ressource en eau.
  • Des résultats concrets sur 3 ans : Le programme rassemble aujourd'hui près de 650 agriculteurs engagés, couvrant plus de 165 000 hectares et concernant 650 000 tonnes de grains. Plus de 7 millions d'euros ont déjà été redistribués aux producteurs.
  • Une ingénierie de la donnée robuste : Pour garantir la traçabilité exigée par l'aval, le programme gère un écosystème de plus de 800 000 points de données, audité et certifié par Veritas et Control Union.

Etude de cas de réplication par la coopérative Noriap

Le pragmatisme d'un guichet unique pour l'agriculture et l'industrie

Témoignage de la réplicabilité du modèle, la coopérative Noriap (Hauts-de-France) rejoint la dynamique en lançant sa première cohorte d'une centaine d'agriculteurs, après une collaboration historique avec Nestlé sur les sols vivants.

  • Une simplification par la standardisation : L'intérêt de rejoindre un cadre commun comme "Transitions" réside dans le pragmatisme. Il offre un guichet unique clair pour l'agriculteur (un seul langage agronomique) et pour l'industriel (une donnée fiable et standardisée).
  • Une démarche centrée sur l'agriculteur : La transition implique un engagement contractuel sur le temps long (3 ans minimum), ce qui tranche avec les marchés céréaliers traditionnels basés sur des campagnes annuelles.
  • Innover par le droit à l'erreur : Gérer un programme de transition à l'échelle d'une coopérative nécessite d'intégrer le temps biologique (une seule moisson par an). Considérer la transition comme un programme de R&D permet d'accepter les ajustements et d'enlever de la pression aux producteurs.

Conclusions et prochaines étapes

Il est urgent de dérisquer l'agriculteur, tant sur le plan technique qu'économique. Face à l'augmentation des coûts de production et aux aléas climatiques, la prime filière ne doit pas simplement couvrir le coût des leviers agronomiques, mais valoriser globalement l'effort de transformation de l'exploitation. 

La prochaine étape clé consistera à étendre ce modèle à d'autres filières, notamment l'élevage, et à poursuivre l'intégration de critères de résilience systémique (quantité et qualité de l'eau, biodiversité locale via la recherche universitaire avec UniLaSalle), tout en impliquant l'aval jusqu'au consommateur final.

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